Titulaire du Grand Chelem UTMB (il a gagné UTMB, TDS, CCC, OCC), avec un palmarès impressionnant dans les courses de montagne de longue distance, Xavier Thévenard (31 ans) est un ancien biathlète qui court les sentiers à partir de l’âge de 7 ans. En 2018, il a resserré 11 854 km et 378 320 mètres de différence de niveau positif (cyclisme, ski, running). Cette année, a remporté l’Ultra Trail du Mont Fuji et 90km du Mont-Blanc.

4run.ro: T’a gagné l’UTMF 2019 (Japon) avec la même stratégie que l’UTMB 2018, t’a fait ton propre ”race” sans prendre en compte les autres. Est-ce que ça la stratégie gagnante dans un ultra-trail? Est-il plus logique de faire sa propre course que de faire toujours partie de l’équipe de tête et de ne laisser personne se débarrasser de toi? Comment t’a ressenti le parcours de l’UTMF par rapport à ce que t’a l’habitude de courir et dans quelle mesure cela a affecté ton parcours?

Xavier Thévenard: Je pense qu’il n’existe pas de recette miracle pour finir un ultra. Chacun est différent. Il faut faire son expérience et ensuite analyser ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas. Bien entendu il y a des grandes lignes à respecter si l’on veut arriver au bout de l’épreuve. Je pense que la gestion des allures, de l’alimentation, ainsi que la préparation physique et mentale sont primordiale pour réussir son ultra. L’Ultra trail c’est une discipline vraiment différente de tous les autres sports en compétition. C’est le seul ou tu es conscient des enjeux de la concurrence mais tu dois absolument faire abstraction de l’adversité. Si le but est de franchir la ligne d’arrivée, en ayant le plus de plaisir possible avec le moins de coup de fatigue. Alors il ne faudra pas trop jouer au jeu de la confrontation avec les uns les autres. En ayant trop la notion de résultat et de confrontation, tu perds beaucoup d’énergie physique et mentale, qui sont des ressources indispensables sur des épreuves de très longues distances. En ultra il ne faut pas oublier que le premier adversaire c’est soit, Il faut vraiment en avoir conscience pour ne pas s’emballer, au risque de ne pas boucler la boucle. En ultra, les valeurs fondamentales sont la gestion et la patience. L’UTMF, est une course unique dans le sens où tu passes instantanément de grands boulevards bitumés à des sections extrêmement techniques à franchir en utilisant les mains. Cet enchevêtrement de parties très urbaines et de passages sauvages est assez perturbant.

Parlez-moi de ton début en ski de fond et biathlon. Laquelle des deux disciplines avez-vous le plus aimé? Pourquoi tu n’as pas continué ainsi et t’a allé courir en montagne? A quel point panse-toi que vos skis passés vous ont aidé à courir?

Le biathlon et le ski de fond c’est la même famille. Le biathlon c’est beaucoup plus élitiste que le ski de fond. Quand j’étais plus jeune, je pratiquais le biathlon. Mes résultats à l’époque étaient très irréguliers donc je ne pouvais donc pas continuer éternellement. Les places sont chères pour rentrer dans une équipe de biathlon, les effectifs et les infrastructures sont faibles. A partir d’un certain âge, si tu n’es pas en équipe de France, tu dois laisser la place au plus jeunes pour qu’ils aient aussi la chance de réussir. Donc j’ai arrêté le biathlon à 18 ans. J’ai continué le ski de fond sur les longues distances. La meilleur préparation l’été pour le ski de fond ou le biathlon c’est la course à pied, car c’est un effort similaire. Je pratique le ski de fond depuis l’âge de 7 ans, chaque été depuis cet âge je cours pour entretenir la condition physique. En fait je fais du trail depuis ma tendre enfance. Aujourd’hui je fais encore du ski de fond l’hiver. C’est ancré en moi, je suis né avec le ski de fond. Dès qu’il y a de la neige derrière la maison, je chausse les skis

Que signifie la montagne pour toi? Selon toi, qu’est-ce qui attire les gens à la montagne, à skier, à courir, à grimper, à marcher?

La montagne pour moi signifie l’amour d’être dehors en pleine nature. La montagne c’est un mode vie. Nous les humains nous sommes des êtres vivants comme tous les autres êtres vivants sur cette planète, nous venons du milieu naturel que nous le voulions ou pas. Aujourd’hui avec notre mode de vie actuel, avec notre société de consommation à outrance nous avons perdu notre sens de vie. Notre modèle de société, nous coupe totalement du milieu naturel. Mais heureusement notre génétique nous rattrape. Car nous ne sommes pas faits pour rester derrière un écran d’ordinateur, dans un univers stressant au quotidien. À la base nous sommes tous des chasseurs cueilleurs, autrefois nous vivions dans un environnement sain et apaisant. Se déplacer, de bouger, est ancré en nous. Aujourd’hui on s‘aperçois que les gens ont besoin de se retrouver dans cet univers magique qui est la naturel, les personnes aiment être au calme en pratiquant une activité physique tout simplement car ils s’épanouissent à travers des valeurs simples. La démarche et inconscient mais l’engouement est bien réel. Le besoin de liberté, d’aventure c’est la base de notre existence.

J’ai vu les chiffres de 2018, où il y avait 4435 km de course, 2265 km de ski, 4550 par vélo, etc., sur un total de 11 854 km et 378 320 mètres de dénivelé positif. Tu penses que c’est suffisant ou devrait-il être plus ou moins kilomètres? Tu penses que cette diversité – courir, le ski, le vélo, est quelque chose qui devrait être fait par tous les ultra marathoniens?

Attention, il faut bien remettre les choses dans leur contexte. Aujourd’hui, comme j’ai quelques références dans les longues distances en course à pied. On me classe dans la catégorie course à pied, format ultras marathon. Mais moi je ne me considère pas ainsi. Je suis un montagnard, un outdoor man, pas un puriste de la course à pied. Je pratique mes activités en fonction de mes besoins en fonction des saisons, de l’envie, de la météo. Je ne cherche pas à être champion du monde de l’entrainement. Je cherche à être bon sur mes objectifs, je veux m’épanouir à travers le sport, comme je l’ai toujours fait. L’équilibre de vie est à mon sens primordiale pour réussir dans le sport, je suis constamment en train d’adapter mon entrainement, pour que celui-ci soit le plus efficace à la fin de la journée. Car faire les choses en contradiction avec ces convictions, ça n’a pas de sens, cela ne peut pas être efficace. Les motivations profondes sont celles qui donnent de la force. Il faut être en accord avec soit même, savoir et comprendre pourquoi je pratique cette activité. Pour moi, ce n’ai pas logique de suivre un plan d’entrainement si à la base, on n’est pas convaincu que cela puisse fonctionner. Chacun à sa méthode de fonctionner, nous sommes tous différents.

Walmsley, Killian, au début de l’UTMB 2018, était avec vous, mais le roumain ”inconnu” Robert Hajnal est arrivé en deuxième position. Que penses-tu de sa ”race”?Pour moi quand tu termines 15ème au dernier championnat du monde de trail, tu n’es pas un coureur inconnu. Robert Hajnal a fait ça course et non celle des autres, il a été patients, à mon avis c’est un atout puissant pour réussir un ultra trail. L’ultra trail n’est pas une discipline qui faut banaliser. Ce que nous exigeons à notre corps n’est pas très normalement. Nous avons besoin de toutes nos prédispositions mentales et physiques avant de se lancer à l’assaut d’un ultra trail. Et celui ou celles qui est plonger dans un environnement stressant et pesant psychologiquement, peut provoquer avant le départ, la perte totale de ces capacités. Je pense que sur l’UTMB 2018, c’est une des réussites de Robert Hajnal, c’est qu’il a était moins sollicité que tous les autre coureurs élites.

Article paru à l’origine dans le journal 4run.ro OFFLINE